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Conjoints de fait au Québec : ce que le survivant ne reçoit pas

Droit en vigueur au 14 août 2026 · Calculs faits avec les hypothèses d’août 2026 · Sources officielles en fin de page

La réponse courte

Au Recensement de 2021, 42,7 % des couples québécois vivaient en union libre, la plus forte proportion de toutes les provinces canadiennes. Et pourtant, si ton conjoint de fait décède sans testament, tu n’hérites de rien : le Code civil ne reconnaît comme héritier légal que le conjoint lié par mariage, par union civile ou par union parentale. Tu n’as pas non plus de patrimoine familial, pas de régime matrimonial, pas de pension alimentaire. La rente de conjoint survivant du RRQ, elle, ne t’est versée qu’après 3 ans de vie commune, ou 1 an si vous avez un enfant ensemble. Sur un profil fictif passé dans notre moteur en août 2026, un couple de fait sans enfant qui n’a pas franchi ce seuil voit son besoin d’assurance vie monter de 475 000 $ à 525 000 $, et jusqu’à 600 000 $ si le survivant doit racheter la maison aux héritiers. L’assurance vie ne règle pas le problème juridique. Elle empêche qu’il coûte la maison.

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Trois statuts, trois régimes de droit

Au Québec, « être en couple » n’est pas un statut juridique. Il y en a trois, et ils n’ont presque rien en commun.

Depuis le 30 juin 2025 s’ajoute un quatrième cas, l’union parentale, qui vise une partie seulement des conjoints de fait. Nous y venons plus bas, parce que c’est le point que tout le monde comprend de travers.

Ce que le conjoint de fait survivant ne reçoit pas

Il n’hérite pas s’il n’y a pas de testament

C’est la conséquence la plus lourde, et la plus ignorée. L’article 653 du Code civil du Québec est explicite : à défaut de testament, la succession est dévolue au conjoint survivant « qui était lié au défunt par mariage, par union civile ou par union parentale » et aux parents du défunt. Le conjoint de fait qui n’est pas en union parentale n’est pas un successible légal. Il ne reçoit rien.

Ce qui arrive à la place suit un ordre fixe. S’il y a des enfants, ils prennent la totalité. S’il n’y en a pas, la succession va aux parents du défunt et à ses frères et sœurs, par moitié. Concrètement : la moitié de la maison qui appartenait à ton conjoint peut se retrouver entre les mains de ses parents ou de son frère, avec qui tu deviens copropriétaire du jour au lendemain.

Voici ce que le même décès produit selon le statut, quand il n’y a pas de testament.

Situation au décès, sans testamentMarié ou uni civilementUnion de fait simple
Le survivant, avec des enfants du défunt1/3 de la successionRien
Le survivant, sans enfants, parents vivants2/3 de la successionRien
Le survivant, sans enfants ni parents, avec frères et sœurs2/3 de la successionRien
Le survivant, sans enfants, ni parents, ni frères et sœursLa totalitéRien

Parts prévues aux articles 666, 671, 672 et 673 du Code civil du Québec; les articles 667 et 674 règlent ce qui arrive quand il n’y a pas de conjoint successible. Un testament change tout cela : il permet de léguer ce qu’on veut à qui on veut, quel que soit le statut du couple.

Il n’a ni patrimoine familial, ni régime matrimonial

L’article 414 du Code civil est aussi net : « Le mariage emporte constitution d’un patrimoine familial ». C’est le mariage, pas la vie commune. Même chose pour la société d’acquêts, qui est le régime par défaut des époux qui n’ont pas signé de contrat de mariage.

En union de fait, il n’y a donc rien à partager au décès autre que ce qui est déjà à ton nom. Si la maison, le compte, le REER et les meubles sont au nom de ton conjoint, ils font partie de sa succession, pas de la tienne. Éducaloi ajoute que les conjoints de fait n’ont droit ni à une prestation compensatoire pour le travail accompli pendant l’union, ni à une pension alimentaire entre eux, ni à la protection de la résidence familiale quand l’autre en est l’unique propriétaire ou locataire. L’obligation alimentaire entre conjoints, à l’article 585, ne vise que les époux et les conjoints unis civilement.

La rente de la RRQ n’est pas automatique

Retraite Québec reconnaît le conjoint de fait, mais sous condition. Le texte officiel : le conjoint de fait « peut être reconnu comme conjointe ou conjoint survivant si cette personne a fait vie commune avec la personne décédée durant les 3 années précédant le décès ». Une seule année suffit si un enfant est né ou doit naître de l’union, si le couple a adopté un enfant, ou si l’un a adopté l’enfant de l’autre.

Deux détails qui coûtent cher et que presque personne ne connaît :

Le détail des montants 2026 et de leur valeur en capital est dans notre guide sur ce que la RRQ verse à ta famille si tu meurs.

L’union parentale, depuis le 30 juin 2025

C’est la nouveauté qui change réellement les choses, et il faut être précis sur qui elle vise. L’union parentale se forme automatiquement quand des conjoints de fait deviennent parents d’un même enfant, pour les enfants nés à compter du 30 juin 2025. Les couples déjà parents d’un enfant né avant cette date peuvent y adhérer, mais l’adhésion est volontaire et se fait par acte notarié ou par contrat écrit devant deux témoins.

Ce que l’union parentale apporte :

Ce que l’union parentale n’apporte pas, et c’est aussi important :

Le raisonnement juridique de ta situation appartient à un notaire ou à un avocat : nous nous arrêtons ici, à ce qui est vérifiable et daté.

Ce que ça change dans le calcul, chiffré

Passons aux montants. Voici un profil fictif passé dans notre moteur : un couple de 31 ans, l’un à 90 000 $ et l’autre à 25 000 $, sans enfant, propriétaires d’une maison avec 280 000 $ d’hypothèque et 120 000 $ d’équité, 15 000 $ d’épargne, aucune assurance vie. Comme un des deux revenus fait vivre le ménage, la durée de protection retenue est de 7 ans.

Scénario, même coupleBesoin d’assurance vie
Mariés, ou conjoints de fait admissibles à la rente du RRQ475 000 $
Conjoints de fait, moins de 3 ans de vie commune, sans enfant (aucune rente de conjoint survivant)525 000 $
Idem, et le survivant doit racheter aux héritiers la part de la maison du défunt600 000 $

Cas fictif, calculé avec la version d’août 2026 des hypothèses de TonBilan. Le crédit de rente de conjoint survivant retiré au deuxième scénario vaut 41 839 $ en valeur actualisée. Le rachat de la moitié de l’équité, soit 60 000 $, est ajouté au poste des dettes.

L’écart entre la première et la troisième ligne est de 125 000 $, sur un couple qui gagne 115 000 $ à deux. Deux couples identiques, un seul papier de différence.

L’effet est plus modeste quand les deux gagnent bien leur vie. Sur un couple de 31 ans à 70 000 $ chacun, sans enfant, avec 280 000 $ d’hypothèque, le besoin est de 300 000 $, et il passe à 325 000 $ sans rente de conjoint survivant, puis à 375 000 $ avec le rachat de la part de maison. La raison est arithmétique : le survivant garde son revenu, la durée de protection tombe à 2 ans, et la rente du RRQ ne valait de toute façon que 9 429 $ dans ce cas.

La leçon est constante dans les deux profils : plus l’un des deux dépend du revenu de l’autre, plus le statut coûte cher.

Deux têtes, deux calculs, un seul ménage

Une erreur revient sans cesse chez les couples, mariés ou non : additionner les deux besoins. Ils ne s’additionnent pas, parce que les deux décès ne se produisent pas le même jour.

Voici un couple avec deux enfants, dont le plus jeune a 4 ans, 300 000 $ d’hypothèque et 25 000 $ d’épargne, passé dans le moteur tête par tête.

Qui décèdeRevenuRente de conjoint survivant créditéeBesoin
Elle75 000 $136 567 $550 000 $
Lui55 000 $104 273 $400 000 $

Cas fictif, hypothèses d’août 2026. L’hypothèque de 300 000 $ figure au complet dans chacun des deux calculs, et c’est correct : peu importe lequel des deux meurt, le solde reste dû en entier. Ce qui serait faux, c’est de conclure que le couple doit acheter 950 000 $ de couverture.

Les deux montants diffèrent de 150 000 $ parce que celle qui gagne davantage laisse un trou plus grand, et que sa rente de survivant est plus élevée puisqu’elle a plus cotisé. Un calcul de couple qui produit un chiffre unique passe forcément à côté de cet écart. La méthode complète est sur notre page méthode, et le calcul poste par poste dans notre guide sur le montant d’assurance vie.

Ce que notre moteur suppose, et ce qu’il ne sait pas

Par transparence : le questionnaire de TonBilan te demande si tu es en couple, pas si tu es marié. Dès que tu réponds que tu es en couple, le moteur crédite la rente de conjoint survivant du RRQ, donc il suppose l’admissibilité. Si vous êtes ensemble depuis moins de 3 ans sans enfant commun, ou si ton conjoint est encore marié à quelqu’un d’autre, ton besoin réel est plus élevé que le montant affiché, de l’ordre de ce que montre le tableau plus haut.

Le moteur ne modélise pas non plus la succession. Il ne sait pas si tu as un testament, ni qui hérite de la maison. C’est précisément le genre de trou qu’un calculateur ne peut pas combler seul, et pourquoi un bilan chiffré ne remplace pas une rencontre avec un conseiller en sécurité financière ni la visite chez un notaire.

Vois ce que ça donne dans ta situation →

Les trois gestes qui règlent la plus grosse partie du problème

  1. Un testament, pour chacun des deux. C’est ce qui transforme « tu ne reçois rien » en « tu reçois ce qu’il a voulu te laisser ». Un notaire ou un avocat s’en occupe, et c’est de loin le geste le moins cher de la liste.
  2. Vérifier qui est désigné comme bénéficiaire sur chaque contrat d’assurance vie. Une désignation de bénéficiaire n’est pas un legs : le capital est versé directement à la personne nommée. C’est le seul mécanisme de cette page qui échappe à la question de l’héritage, et il fonctionne peu importe le statut du couple.
  3. Chiffrer le besoin de chacun séparément. Deux têtes, deux montants, en tenant compte du revenu que le survivant continue de gagner et des rentes auxquelles il aurait réellement droit.

Et un quatrième, si vous avez un enfant commun né avant le 30 juin 2025 : demander à un notaire si l’adhésion volontaire à l’union parentale a du sens pour vous. C’est une décision juridique, pas une décision d’assurance.

Pour aller plus loin

Nos sources et leur date

Les pages officielles de Retraite Québec n’affichent pas de date de mise à jour. Nous indiquons donc notre date de consultation. Chaque lien a été testé le jour de la publication.

Cette page est de l’information générale. Elle décrit le droit québécois applicable au 14 août 2026 et ne constitue ni un avis juridique ni un conseil en assurance. La rédaction d’un testament, une convention de vie commune et l’adhésion à l’union parentale sont des actes juridiques : consulte un notaire ou un avocat. Le calcul d’un besoin d’assurance, lui, doit être validé avec un conseiller en sécurité financière certifié avant toute souscription. Les profils cités sont fictifs et calculés avec la version d’août 2026 des hypothèses de TonBilan. Les montants publics de 2026 sont indexés chaque janvier.